France, il est temps de changer tes élites

    2023-12-05
    Temps de lecture 6 min

    Des élites glauques, donc dangereuses

    Dans ce rapport mensuel sur la France du mois de novembre de l’an 2023, j’aurais pu rendre une analyse sur les ravages de la drogue dans la société française en général et chez nos élites en particulier. Ce même mois de novembre, un sénateur français, consommateur de drogues, a tenté d’abuser d’une députée en la droguant. Une autre députée a révélé dans le célèbre Paris Match qu'il y avait de sérieux problèmes d’addictions à l’alcool et aux drogues chez les parlementaires et ministres. Ces fâcheuses nouvelles s’ajoutent aux innombrables scandales sexuels et comportements déviants de nombre de personnalités françaises. Tous ces scandales bénéficient « étrangement » de la très grande bienveillance des élites médiatiques, pour qui cela concerne soit la vie privée et donc ne nous regarde pas, soit un problème touchant toute la société et donc nous en sommes coupables collectivement. « Bizarrement », vous ne trouverez personne dans les médias de masse pour rappeler que ce sont des transgressions dangereuses pour l’intérêt général, que se libérer ainsi de toutes contraintes, c’est aussi abdiquer toute responsabilité, ce qui est particulièrement grave pour des dirigeants politiques et ne peut que mener le pays à sa ruine. Comment peut-on confier les intérêts de la nation à des dirigeants qui, par leurs actes déviants, ont un tel irrespect pour la personne humaine et un tel comportement addictif ? Sans un minimum de dignité humaine, comment imaginer possible un respect mutuel entre la classe dirigeante et la population ? Et même si l’on souhaitait faire abstraction de toutes ces questions primordiales, on ne peut ignorer que ces comportements mettent en danger la sécurité nationale. Tous les services de renseignements, sans aucune exception, pour obtenir des informations ou faire pression utilisent les 3 mêmes outils : l’argent, le sexe et la drogue. La généralisation de ces mœurs glauques chez nos élites politiques et médiatiques ne peut qu’avoir des répercussions dramatiques sur notre pays, c’est une évidence que personne ne veut voir.


    Des élites paresseuses, donc impuissantes

    Il eût été intéressant aussi d’analyser les réactions de nos « élites » lors de la sortie du film de Ridley Scott : Napoléon. Toutes ont critiqué ce film en soulignant une ou deux erreurs historiques, sans voir qu’elles étaient légion et donc voulues dans un film bénéficiant de nombreux conseils historiques. Toutes se sont lamentées que le film présentait une vision bien trop anglo-saxonne dénigrant Napoléon, mais en se préservant bien de proposer de mettre les mêmes moyens pour produire notre propre récit. Toutes envoient leurs enfants aux États-Unis faire leurs études ou des stages, passent leur temps à parler de leur dernier séjour à New-York, Los Angeles, Boston, San Francisco, Miami, mais aucune n’a compris que le Napoléon de Ridley Scott est au film historique ce que sont les period rooms aux musées américains. Nos musées sont des palais et des châteaux d’époque, décorés d'objets et meubles authentiques, qui, de par leur âge, sont souvent défraîchis et dont il est difficile d’appréhender la magnificence d’antan. Pour les personnes ne maîtrisant pas la période, il est très difficile de se projeter. Les musées américains, quant à eux, recréent des intérieurs de A à Z ; tout est neuf, quasiment rien n’est authentique, mais vous voyez ce que voyaient les gens de l’époque. Vous ressentez l’impression du moment, de son contexte socio-historique particulier ; c’est un voyage dans le temps. Et c’est à cette expérience que nous convie Ridley Scott dans son Napoléon. Plutôt que de résumer la vie de Napoléon de façon exacte en 2 heures, alors qu’il faudrait 4 saisons de 10 épisodes chacune, il a préféré nous donner les impressions et sensations de son épopée, par ses décors magnifiques, ses costumes d'une rare exactitude et des reconstitutions à couper le souffle. Certes, il y a de nombreuses erreurs historiques, mais qui n’en sont pas réellement car elles sont voulues. Elles nous permettent en seulement 2 heures de comprendre le courage de Napoléon, dont l’incroyable ambition écrase même la peur. Avec les quelques scènes de la campagne d’Égypte, nous en appréhendons non seulement les enjeux de politique intérieure, géopolitiques, la puissance écrasante de l’armée française sur place, mais aussi, avec la scène du sarcophage, les enjeux scientifiques et ceux métaphysiques, mystiques, personnels de Napoléon, de sa connaissance précoce de la trace qu’il laissera dans l’histoire. Même si quasiment tout est faux dans la scène sur Austerlitz, elle donne conscience aux non-initiés de l’incroyable génie tactique de Napoléon. Ce génie tactique qui, à la manière de ces grandes inventions qui nous font nous demander a posteriori comment on n’a pu y penser auparavant, nous fait nous demander comment ses adversaires ont pu se laisser enfermer dans ses pièges. Les critiques des élites françaises, auraient pu au moins faire l’effort, à la manière d’Umberto Eco dans « La Guerre du faux », de s'interroger au-delà des faits sur le discours caché de cette industrie du faux américaine. C’eût été le minimum syndical, mais non, outre d’être glauques, nos élites sont paresseuses et de ce fait impuissantes.


    Des élites mythomanes et lâches, donc inutiles

    Mais tout cela n’est que l’écume d’une époque, comparée à « Crépol » qui est un véritable tournant comme je l’ai écrit dès lendemain du massacre. Désormais même les dirigeants politiques et les journalistes des médias qui ont essayé de minimiser et relativiser l’événement par les procédés habituels de déni, de détournement de l’attention et de manipulation de l’information parlent de « basculement ». Pour l’instant, et c’est déjà énorme, le basculement est avant tout dans la liberté d’expression, même si elle ne reste pas totale, sur le lien entre insécurité et immigration. Il y a encore un an, 100% des journalistes de 90% des médias de masses déniaient tout lien entre immigration et insécurité. Insécurité qui n’était pour eux, malgré les chiffres officiels, qu’un « sentiment ». Leurs pirouettes, saltos et numéros d’acrobates sur le sujet étaient tellement incroyables que je serais incapable de les reproduire ici. Déjà fin 2022 Emmanuel Macron avait commencé le dynamitage, peut-être involontairement, de la pensée autorisée, en déclarant qu’à Paris « la moitié au moins des faits de délinquance viennent d’étrangers ». Bien sûr, cela avait donné lieu à un tombereau d’articles mettant en doute, avec beaucoup de sophisme, l’affirmation de M. Macron. Depuis Crépol, le lien entre immigration et insécurité est presque accepté. Il est au moins débattu publiquement. On s’interroge même sur un éventuel « Face à Face », remis sur le devant de la scène par la mort une semaine après Crépol de l’ancien ministre de l’intérieur Gerard Colomb. Ce dernier, bien qu'ayant toujours eu un discours très « mainstream », au moment de quitter ses fonctions, lors de son discours marquant son départ du ministère de l'Intérieur, confiera ses très vives inquiétudes sur l'avenir du pays : « Si j'ai un message à faire passer – je suis allé dans tous ces quartiers, des quartiers nord de Marseille, au Mirail à Toulouse, à ceux de la couronne parisienne Corbeil, Aulnay, Sevran – c'est que la situation est très dégradée et le terme de reconquête républicaine prend là tout son sens parce qu'aujourd'hui, dans ces quartiers, c'est la loi du plus fort qui s'impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République » (…) il faut une vision d'ensemble car on vit côte à côte et je le dis, moi je crains que demain, on ne vive face à face. Nous sommes en face de problèmes immenses. ». La vraie question désormais est : est-ce que nos élites ne nient plus l’évidence, le lien entre immigration et insécurité, parce qu’elles ont pris conscience du problème et veulent le régler ou parce que la situation est devenue tellement visible et ingérable qu’elles ne peuvent plus le nier ?

    Hélas, je pense que c’est la deuxième solution. Si désormais dans les débats sur Crépol, l’immigration ou l’insécurité il y a parfois des opinions contradictoires au mainstream, elles restent minoritaires, l’intervenant non politiquement correct est toujours assailli par 4 autres contradicteurs et l’animateur qui ont chacun le même temps de parole que lui, alors qu’ils sont tous d’accord entre eux. Ensuite et comme je l’ai expliqué dans mon analyse précédente (LINK S’il y avait une actualité à retenir du mois) l’immigration est bien trop fondamentale pour nos élites pour qu’elles y renoncent. On le voit d’ailleurs, comme d’habitude, elles assurent le peuple de leur fermeté, de leur volonté inébranlable, mais dans les faits rien ne change, les commissaires politiques médiatiques sont toujours là et inventent toujours des histoires à dormir debout qui ne démontrent qu’une seule chose : « nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons , et pourtant ils continuent à mentir », comme le disait Soljenitsyne.

    Les élites françaises actuelles, pour le plus grand malheur des Français, sont glauques, fainéantes, mythomanes, lâches, incompétentes et impuissantes. Elles sont telles cet homme tombant d’un immeuble de 50 étages, et qui répète à chaque mètre passé, « pour l’instant tout va bien ». On ne voit pas bien ce qu’autre chose que leur chute permettrait le redressement du pays. La France a toujours eu du mal à se reformer, tant ses élites n’arrivent pas à se renouveler et a souvent dû aller jusqu’au changement de régime ou au surgissement d’un homme providentiel pour nous libérer de l’immobilisme mortifère du moment.

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