Rapport: La lettre Z signe doublement la mort du conservatisme en France

2023-02-01
Temps de lecture 10 min

Les élections présidentielles sont capitales en France. Le président français a un rôle central et quasi exclusif d’impulsion de nouvelles politiques, il décide des principales nominations et concentre un nombre important de pouvoirs. Aussi, en France ce sont les élections présidentielles qui décident de l’avenir du pays. Et en 2022, les Français ont réélu Emmanuel Macron que l’on qualifierait un peu partout en Europe de centriste de gauche ultra-progressiste. Au niveau économique, il a augmenté la dette et maintenu la France vice-championne des prélèvements obligatoires en Europe. Il a nommé nombre de gauchistes (plus délirants les uns que les autres) à divers postes très bien rémunérés. Chaque année, il a laissé entrer plus de migrants légaux (2022 aura été une année record avec plus de 320 000 migrants). Il a nommé un ministre de la Justice particulièrement laxiste. Il faut dire qu’avant, il était l’avocat des dictateurs africains, des grands criminels français et du frère du terroriste islamique qui a assassiné brutalement des petits enfants parce que de confession juive. Et je ne vous parle pas de la faillite complète de sa politique en matière d’insécurité qui bat tous les records tant en terme de chiffres que de niveau de barbarie et d’impunité. Tout était réuni pour que 2022 soit l’année du retour au pouvoir de la droite en France. Et pourtant…

Les commentateurs, au regard des sondages, tant sur les intentions de vote pour les partis politiques, que sur les questions de société, répètent à l’envie que la France est à droite. Pourtant, élection après élection, il faut bien reconnaitre que ce sont les progressistes qui gagnent. Pour cette élection présidentielle, on ne peut pas dire que les Français n’avaient pas le choix. Entre les Trotskistes, les communistes, Mélenchon, les socialistes, l’extrême centre de M. Macron et Mme Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour, plusieurs projets et mêmes modèles de sociétés leurs étaient offerts au 1er tour. Et au second, deux personnalités et programmes politiques, voire philosophies, complétement différents étaient à portée de vote. Ce que l’on peut aussi retenir de cette élection, c’est qu’aucun candidat n’a soulevé l’enthousiasme ou l’espoir chez une partie significative du peuple français. Je vais enfoncer des portes ouvertes, mais il existe une défiance à l’égard de nos hommes politiques qui est sans égale (mise à part celle contre les journalistes). Comment pourrait-il en être autrement quand on voit que M. Macron, qui a un bilan catastrophique, qui est le chef de l’État d’un pays, la France, qui n'a jamais été sous l’influence d’autant de puissances étrangères depuis Louis XVI, enchaîne les scandales comme les perles. Dans notre pauvre pays, il n'y a plus aucune élite, au meilleur sens du terme, ni organisation qui aient pour objectif l'intérêt général.

Normalement, toutes les conditions étaient donc réunies pour qu’un candidat conservateur arrive au pouvoir. Étant donné que, sur la question des mœurs, Mme Le Pen est plutôt progressiste et Mme Pécresse (« centre droit ») ultra-progressiste, le seul candidat que l’on pouvait qualifier de conservateur était Eric Zemmour. Hélas, il a débuté sa campagne en faisant de sa maîtresse officielle et publique de 28 ans sa directrice de campagne et en faisant un doigt d’honneur à une femme qui l’insultait, avec le commentaire « Et bien profond », pendant que sa jeune compagne rigolait… De plus, il s’est entouré d’une équipe essentiellement composée de jeunes venant des beaux quartiers parisiens et qui n’avaient pas fait grand-chose de leur vie - sinon d’être les amis de sa maîtresse. De plus, pendant toute sa campagne, Eric Zemmour a donné l’impression qu’il était là plutôt pour se faire plaisir que pour faire gagner ses idées et redresser la France. Et surtout, il a mis trop de temps à comprendre l’évidence : proposer d’arrêter l’immigration ne suffirait pas. D’abord, parce que, si même 70% des Français sont en faveur de cette proposition, très peu la considèrent comme une mesure primordiale pour eux. Nous le voyons bien à chaque élection : à notre époque, ce qui prime avant tout, c’est l’intérêt individuel. Si tant d’élus sans conviction sont au pouvoir, c’est parce qu’ils ont pratiqué un clientélisme forcené, et que nous les avons élu pour cela. Même si, ensuite, Zemmour a su étoffer son programme, il s’est présenté, et est désormais identifié, comme le candidat monothématique, monomaniaque même, de l’anti-immigration qui passe son temps à se faire plaisir.

Le problème des élites conservatrices françaises est qu’elles veulent le beurre et l’argent du beurre : dénoncer le déclin de la France tout en continuant à se délecter des plaisirs du système actuel en place. La seule chose qui dérange les petites vies bien douillettes des élites conservatrices françaises, c’est l’immigration. Elles n’ont pas compris que leurs compatriotes moins favorisés vivent déjà depuis longtemps avec les effets de l’immigration de masse et ont dû s’y habituer. Ces élites ont demandé à la France périphérique de voter pour elles, pour régler leur unique problème, l’immigration, sans se préoccuper le moins du monde des autres problèmes de leurs compatriotes des classes populaires. Et ce alors que, pendant la révolte des Gilets Jaunes, elles les avaient lâchement abandonnés, non pas par opposition (car ils avaient les mêmes idées), mais parce qu’ils ne venaient pas de leur milieux et ne comprenaient pas leurs codes. Les élites patriotes n’ont pas compris que, s’il y avait une guerre civile, ce serait entre le parti de l’Etat (le progressisme) et la France périphérique. Ils n’ont pas compris que proposer d’assécher financièrement l’écosystème progressiste, et utiliser l’argent qui était destiné à ce dernier pour étancher les besoins des abstentionnistes, était la seule façon de gagner en 2022 et de balayer les progressistes pour longtemps. Eric Zemmour a non seulement fait le contraire, mais en se décrédibilisant auprès des classes populaires, il a aussi décrédibilisé le mouvement conservateur auprès d’elles.

Hasard incroyable de l’histoire, les soutiens de M. Zemmour, avant même l’entrée des Russes en Ukraine, utilisaient la lettre « Z » de Zemmour comme signe de ralliement– Z qui inondera toutes les TV du monde en février-mars 2022, car choisi aussi comme signe d’identification par les troupes impérialistes russes voulant asservir la nation ukrainienne, et ce en plein milieux de la campagne présidentielle française. Eric Zemmour, lors de la crise humanitaire, et voyant des civils européens fuir des bombardements, se déclarera opposé à l’accueil des réfugiés ukrainiens qui étaient essentiellement des femmes et des enfants. Lui qui avait tant dit de bien de Poutine aura en plus un discours ambigu sur les mesures à prendre contre la Russie.  Et finalement, pendant ce temps, ses soutiens politiques essayaient même de faire passer la Russie pour une victime. Comment voulez-vous que la majorité de la population croie des personnes qui lui disent que la Russie, le plus grand pays au monde, possédant une des armées les plus puissantes, qui est le premier détenteur d’armes nucléaires de la planète, pourrait être une « victime » ? Tout cela va laisser beaucoup de traces dans l’opinion publique. A mon opinion, le droito-poutinisme sera aussi destructeur pour la droite que l’a été l’islamo-gauchisme pour la gauche. Car c’est le même déni de réalité, la même alliance contre nature, la même confusion mentale.

Comment les conservateurs français n’ont-ils pu comprendre qu’il fallait soutenir un peuple européen qui a décidé de se faire nation, pour défendre sa culture, son identité, sa souveraineté, son drapeau, ses frontières, contre des visées impérialistes soviétoïdes d’une puissance orientale ? En plus, pour ce faire, cette nation, confie son avenir - ses enfants - aux femmes, et sa défense - ses armes - aux hommes. En trois semaines, les Ukrainiens ont fait avaler, un par un, tous leurs crédos aux progressistes. Les conservateurs français ont non seulement raté un moment historique, mais aussi une occasion en or de profiter de la sympathie de la grande majorité des Français envers le combat des Ukrainiens pour démontrer que leurs propres postulats sociétaux et culturels étaient les seuls bons. Au lieu de cela, les élites conservatrices ont préféré s’isoler, bouder le reste de la population française, se rabougrir et donc se suicider électoralement. J’espère me tromper, mais la lettre Z aura signé la mort du conservatisme en France pour au moins 10 ans.

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