Rapport: France, Juin 2023 - Que révèlent les émeutes en France du monde qui nous attend ?

2023-07-08
Temps de lecture 10 min
Le monde entier a été sidéré par les images de violences en France déclenchées par la mort du jeune Nahel Merzouk, âgé de 17 ans, abattu par un policier à la suite d'un refus d'obtempérer. Ce jeune roulait dans une Mercedes-Benz Classe A (Type 177) d’une valeur d’environ 30 000 euros, sans permis et sans assurance, avec une plaque d’immatriculation polonaise. Nahel était un garçon connu des services de police. À peine âgé de 17 ans, il avait déjà fait l'objet de douze interpellations pour des délits divers et avait déjà commis quatre refus d'obtempérer. Son dernier refus d'obtempérer a eu lieu trois jours avant le drame.


Le policier qui l’a tué, âgé de 38 ans, est un ancien militaire ayant participé à la guerre d'Afghanistan. Sur les images, on voit qu’il répond à un ordre de tirer. Depuis une loi de 2017, en France, les policiers sont autorisés à faire feu sur un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Avant cette loi de 2017, les forces de l’ordre devaient être en situation de légitime défense pour pouvoir faire usage de leurs armes. À l’époque, en 2017, face à l’augmentation des refus d’obtempérer et des drames qu’ils ont engendrés (renversement de personnes se trouvant sur la route des conducteurs fuyards), les dirigeants politiques français, dans leur grande lâcheté, ont délégué leurs responsabilités à l'appréciation des agents et à leur interprétation des événements. Aujourd’hui, ils leur reprochent d’en faire usage. Tel Emmanuel Macron qui a jugé « inexplicable » et « inexcusable » la mort de Nahel et ce avant tout jugement. Que devait faire le policier face à un délinquant multirécidiviste, sans permis, sans assurance, conduisant une voiture puissante, sachant que le policier n’a pas le temps de réfléchir longuement ? La décision de tirer se fait dans un temps extrêmement court. Bien sûr, les faits reprochés à Nahel ne méritent en rien la mort et il serait étonnant que c’était l’objectif du policier. Hélas, les policiers ont le choix entre ne pas tirer, se mettre en danger ou d’autres qui seront sur la route du véhicule pour ne pas avoir d’ennuis, ou de tirer et avoir des problèmes.

Certes, la police française, comme nous l’avons vu avec l’épisode des Gilets jaunes, peut être particulièrement virulente dans le maintien de l’ordre. Mais il faut comprendre qu’elle est non seulement totalement dépassée par l’insécurité en France, qui atteint des niveaux hallucinants (voir mon rapport de janvier : LINK), mais qu’elle est également employée par le gouvernement d’une manière qui ne peut que provoquer des drames. Lors des manifestations contre les retraites, il n’était pas rare que les policiers fassent plus de 12 heures d'affilée avec pour seul repas un sandwich. Face à des manifestants qui ne cessent de les harceler, au bout de deux, trois jours, il est normal que certains craquent, surtout quand cela dure un mois. En raison des violences en France, les policiers sont surmobilisés, la justice est débordée et les prisons sont pleines à craquer. De plus, quand ils arrêtent un simple délinquant qui n’a pas commis de crime, ils savent qu’il y a de très grandes chances qu’il soit libéré rapidement et que les tonnes de paperasse qu’ils auront dû écrire l’aient été en vain. Face à la masse de délinquants, il est souvent tentant de montrer sa présence, de les admonester et de s'en tenir là. En faisant cela, les délinquants s'enhardissent et vont toujours plus loin, ce qui entraîne ensuite une augmentation du nombre de personnes en prison. Pour les désengorger, on libère les moins violents. Ce faisant, les policiers sont de plus en plus débordés, se focalisent sur les plus violents et sont obligés de laisser passer des actes de plus en plus répréhensibles. Aujourd’hui, si le gouvernement voulait arrêter tous les milliers d’émeutiers, ce serait impossible. Il faudrait libérer des places de prison. Imaginez le sentiment d’impunité de ces émeutiers. C’est une invitation à continuer. C’est comme au casino, on joue tant que l’on gagne. C’est un cercle vicieux entretenu également par les politiques et la population.

Des écoles, des centres commerciaux, des petits commerces, des transports en commun et des voitures de police ont été détruits ou pillés. Un nombre incalculable d’infrastructures publiques ont été brûlées. Plus de 500 policiers ont été blessés, des journalistes et des élus ont été violentés, un prêtre de 80 ans a été tabassé, des milliers de Français ont été intimidés et empêchés d’aller travailler. Certains émeutiers ont tenu des discours de haine et antisémites. Et? Rien, la population reste atone, les journalistes et les dirigeants politiques se culpabilisent. C’est la faute de la colonisation, du racisme, du manque de mixité sociale, des réseaux sociaux, des jeux en ligne. Ils préfèrent caresser dans le sens du poil les émeutiers. Ce qui est irresponsable, car cela ne fait que les légitimer et donc propager l'incendie. L’Assemblée nationale est même allée jusqu’à faire une minute de silence pour Nahel, faisant de ce jeune délinquant un martyr national. Quel exemple pour la jeunesse ? La bienveillance du gouvernement envers les émeutiers, comparée à sa détermination contre les Gilets Jaunes, est édifiante. Les élites urbaines ont bien plus d’empathie pour les habitants des banlieues que pour ceux de la périphérie. La banlieue est devenue le réservoir de leurs domestiques, taxis, Uber, chauffeurs, cuisiniers, plongeurs, etc. à petits prix. Ils sont devenus indispensables aux urbains qui veulent mener une vie bourgeoise bien confortable et égocentrique. En comparaison, la périphérie et son mode de vie rustre (voitures, clopes, barbecue et famille) est un endroit où il n'y a pour eux que des bouseux insupportables et inutiles.

Il faut désormais une sacrée dose de mauvaise foi pour ne pas trouver "Le Camp des saints" de l'écrivain français Jean Raspail prophétique. Ce roman, publié en 1973 à une époque où les problèmes de l'immigration n'existaient pas, narre la submersion de la civilisation occidentale en général et de la France en particulier par une immigration massive. On retrouve dans ce livre, qui se déroule sur une courte période, tout ce que nous venons de vivre ces 40 dernières années. Des populations qui fuient des pays misérables, ne s'assimilant pas à la culture française et devenant violentes. Des journalistes dont le récit vise à convaincre chaque Occidental que les migrants vont "enrichir, nettoyer et racheter l'Occident capitaliste". Que nous sommes des nations "plus vertueuses" que les autres et que notre devoir est donc d'accepter tous les migrants sans conditions. Dans ce livre, on trouve même un épisode où la presse tente de cacher un meurtre odieux de migrants. Les dirigeants politiques, par lâcheté, laissent à la libre appréciation des forces de sécurité d'intervenir pour défendre ou non la population. Les populations non urbaines, de la périphérie, qui résistent sont soumises par leur propre gouvernement. En peu de temps, la plupart des gouvernements occidentaux se laissent dominer, sauf un pays qui est traité comme un État voyou, mais qui, finalement, sous la pression des autres gouvernements et de ses citoyens pro-migrants, capitule.

Il existe un parallèle troublant entre la "marche pour la Justice" de Prigogine et ses mercenaires, qui décrédibilise le régime russe à l'international, et les pillages au nom de "Justice pour Nahel", qui discréditent également la France. Toutes deux sont des puissances nucléaires déclinantes dont le pouvoir est contesté. Historiquement, la France et la Russie sont des pays qui ont toujours du mal à se réformer et doivent pratiquer des révolutions violentes pour y parvenir. Elles sont souvent le signe avant-coureur de bouleversements et de révolutions en chaîne dans d'autres pays, sur plusieurs décennies. Comme le rappelait Raymond Aron à ceux qui croyaient que le futur du monde se dirigeait inexorablement vers la démocratie et le progrès, « l'histoire est tragique ». Les moments historiques que nous vivons nous encouragent à l'intégrer et à nous préparer en conséquence.

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