France : les Juifs en danger

2023-12-02
Temps de lecture 8 min
Depuis le pogrom du Hamas en Israël du 7 octobre, en France, les actes antisémites ont explosé : 1518, selon le ministre de l’intérieur. Pour ce dernier, "Ce sont essentiellement des tags, des insultes, mais il y a aussi des coups et blessures".


Les services du ministère de l’intérieur ont constaté que 50% des faits antisémites sont "des tags, affiches, banderoles", 22% sont des "menaces et insultes", et 10% relèvent de l'apologie du terrorisme. Suite à cette vague antisémite, 600 interpellations ont été effectuées et 300 enquêtes ouvertes. En tout, depuis le début de l’année, 1762 actes antisémites, 564 anti-chrétiens et 131 antimusulmans ont été recensés. En un mois, il y a eu trois fois plus d’actes antisémites que pendant toute l’année 2022. Depuis une dizaine d’années, en nombre, ce sont les actes anti-chrétiens qui sont majoritaires, puis les actes antisémites qui comptent pour environ un tiers et les actes antimusulmans pour 10%. Si l’on les rapporte au nombre de croyants, les actes antisémites, avant l’attaque du Hamas, étaient en moyenne ces dix dernières années 50 fois plus élevés que les actes antimusulmans et 25 fois plus que les actes antichrétiens. Proportionnellement, c’est la communauté musulmane qui est la moins touchée par les actes anti-religieux. Ce qui est en total contradiction avec un certain discours en vogue chez les élites parisiennes faisant des musulmans les juifs d’hier.

Certains diront, comme la maire de Paris, Anne Hidalgo, en 2021, que c’est « le langage des années 30 » contre les Juifs qui est aujourd’hui appliqué aux musulmans. Outre le fait que je n’ai jamais entendu dire que les Musulmans contrôlaient le monde, étaient des profiteurs de guerre, des spéculateurs, je n’ai pas souvenir d’actes antichrétiens de la part des Juifs dans les années 30, qui étaient plutôt à essayer de passer inaperçus que de manifester leur identité. Il existe très peu de chiffres sur les auteurs des actes antisémites, mais les plus graves sont tous l’œuvre, sans exception à ma connaissance, de personnes se revendiquant comme de confession musulmane.

Avant même le pogrom du Hamas, pour un Juif vivre en sécurité en France nécessite un minimum de précautions. Nombre de rapports ont démontré qu’une grande majorité de Juifs ont été obligés, parce que Juifs, de quitter les banlieues où des populations venant majoritairement de pays musulmans se sont implantées. Un repli identitaire de nombreux Juifs s’est alors fait jour, notamment pour pouvoir vivre leur foi tout en se protégeant, ainsi que leurs enfants. Ainsi, depuis une petite quarantaine d’années, la proportion d’enfants juifs scolarisés dans des écoles juives n’est pas loin d’avoir doublé. Elles sont toutes hyper sécurisées, comme les synagogues. Il faut se rendre compte que tous les lieux qui accueillent en majorité des juifs en France sont obligés d’avoir des caméras de sécurité, des fenêtres blindées, des sas, des plots de béton, et qu’en temps « normal », la police doit y patrouiller quotidiennement et en alerte y est rester à demeure toute la journée. Quasiment aucun Juif ne porte sa Kippa dans le métro parisien quand il est seul en temps normal et en alerte, même en groupe, ils osent très rarement le faire.

Bien sûr, tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin de là. Mais il existe un vrai antisémitisme musulman. Selon le peu d’études réalisées et qui commencent à dater, en France et en Europe, l’antisémitisme serait 2 à 3 fois plus élevé chez les musulmans que chez les non-musulmans. Pour le constater, il suffit d’ailleurs d’observer quelles sont les causes pour lesquelles les musulmans se lèvent. Qui a vu des manifestations pour les musulmans ouïghours persécutés par Pékin ? Contre la destruction intégrale de villes syriennes par Poutine et Assad ? Les centaines de milliers de morts de Yéménites musulmans par l’Arabie saoudite ? Les dizaines de milliers de morts et torturés musulmans dont sont responsables les Islamistes ? Par contre, l’état Juif d’Israël, lui, arrive toujours à réveiller en masse les consciences et l’indignation des musulmans.

Trois principaux obstacles se dressent pour mettre fin à l’antisémitisme français d’origine musulmane. D’abord, il existe une sorte de politiquement correct au sein de la communauté musulmane, qui ne permet pas à ses membres non antisémites, et ils sont nombreux, de faire leur « coming out ». Lors de la marche contre l’antisémitisme, ce 12 novembre en France, on ne pouvait que constater la quasi-absence de la communauté musulmane. En effet, si les responsables catholiques et protestants ont répondu présents, les responsables du culte musulman, à quelques exceptions près, n’ont pas souhaité s’associer à la manifestation. Comme l’a regretté le président du consistoire israélite de Paris : « J'ai lancé à plusieurs reprises un appel pour demander à la communauté musulmane d'être davantage présente. On n'a pas vu les instances musulmanes appeler massivement à venir manifester. (...) c'est important que davantage de musulmans s'expriment. Il y en a qui ont le courage de s'exprimer. On ne peut plus dire, on a peur. Ce n'est pas possible que les Juifs continuent à dire on a peur. Mais il ne faut pas non plus que des musulmans aient peur de s'exprimer, que des artistes de haut niveau aient peur de s'exprimer.»

Le deuxième obstacle est structurel. Même si l’on fait fi des actes, paroles, écrits de la vie du prophète, du Coran, de la Charia et des traditions musulmanes, nombre d’États arabes ou musulmans ont une propagande tellement outrageusement antisioniste qu’elle ne peut que déboucher sur la « haine du Juif ». Il faut écouter les médias algériens et les influenceurs qui sont liés soit à Alger, Téhéran ou Damas. Déjà, ils ne disent quasiment jamais Israël, mais « l’entité sioniste ». Ils invitent des « chercheurs » qui sont aussi farfelus qu’inconnus pour réfuter tout droit à l’existence d’un État Juif et démontrer à quel point les « sionistes » sont vils. Alors que la population palestinienne a presque triplé en une génération, ils accusent les « sionistes » de commettre un « génocide », une « extermination » du peuple palestinien. Bien sûr, ils ne s’interrogent jamais sur les persécutions des Chrétiens et la disparition des Juifs des pays musulmans. Tous nient le massacre du Hamas : à les écouter, il n’y a eu que des soldats ou des colons armés qui ont été tués. Ou encore, c’est l’« entité sioniste » qui a tout organisé. Ils ont créé un nouveau négationnisme, à l’image de ceux qui nient l’existence des chambres à gaz. Hélas, un grand nombre de musulmans en France suivent ces médias (qui sont en langue arabe et française), même parfois plus que les médias mainstream français. Sur ces médias algériens francophones, on retrouve nombre d’influenceurs de la poutino-sphère française. Comme je l'écrivais en début d’année (LINK), Alain Soral, ami d’Alexandre Douguine et adepte déclaré de Poutine, est l'un des principaux idéologues et fondateurs de la poutinosphère française. Il a réussi le tour de force de réunir, pour le plus grand profit du Kremlin, une nébuleuse de groupuscules de l'extrême droite antisémite et de l'extrême gauche antisioniste. Hier encore, cette galaxie travaillait à promouvoir la Russie, le pacifisme et/ou le rassurisme sur les RS. Aujourd'hui, les mêmes sont dévoués, non aux Palestiniens, mais à engendrer une rage populaire contre les Israéliens et indirectement les Français de confession juive en utilisant la tragédie palestinienne. Ces groupes représentent très peu de Français mais sont très influents auprès des communautés musulmanes, de la gauche radicale et de la droite non progressiste.

On l’a vu dernièrement avec un imam de la Grande Mosquée de Paris qui, sur une grande radio française, a instillé le doute sur la véracité des chiffres concernant les actes antisémites. Il a ainsi demandé : « où sont ces 1 200 et quelques actes antisémites qu’il y a en France ? ». « Moi, j’aimerais bien qu’on les dévoile pour que nous soyons solidaires ». En faisant ainsi, il participe au nouveau négationnisme entretenu par les pays islamiques pro-russes. D’ailleurs, quand on regarde l’interview, au moment où la journaliste l’interroge sur les actes antisémites, il fait un petit sourire à un de ses proches en plateau, juste avant de répondre, comme s’il s’était bien préparé à cette question. Cette sortie était préméditée. D’ailleurs, toute son intervention était une reprise « soft » du narratif algérien, adaptée à un public occidental. Comme quand il a affirmé qu’il n’a pas participé à la marche contre l’antisémitisme car elle « avait pour objet de lutter contre l’antisémitisme et, à la fois, se solidariser avec les exactions commises par Israël à l’égard du peuple de Gaza », alors que les organisateurs avaient bien précisé le contraire. Son but étant de mettre dans le même sac les Français de confession juive et les « sionistes exterminateurs » de Palestiniens. Notons que la Grande Mosquée de Paris est proche de l’Algérie et que les parents de cet imam sont aussi algériens. Pour les réseaux sociaux et médias algériens, il est devenu un héros. Le média « Algérie patriotique » titre d’ailleurs : « L’imam Abdelali Mamoun lave l’honneur souillé de la Grande Mosquée de Paris » et le félicite, notamment, pour avoir rétorqué que : « Le Hamas est un mouvement de la résistance islamique (..) ces gens-là, qui ont été choisis par la population de Gaza pour défendre leur intérêt, ont jugé que pour réveiller l’opinion internationale face au sort que subit Gaza, il fallait aller tuer des Israéliens et ils ont réussi ». Soulignons enfin que quand la journaliste a donné des exemples concrets d’actes antisémites, il a répondu que leurs auteurs « sont des enfants. Ils sont dans une attitude puérile, ils ne se rendent pas compte de la gravité de ce qu’ils font. Il faut relativiser. » Et il est vrai que nombre d’enfants musulmans expriment de plus en plus un antisémitisme décomplexé. L’ancien journaliste Paul Amar a révélé que dans un collège du sud de la France, un enfant de confession juive de 11 ans s’est fait bousculer par un autre enfant de 12 ans de confession musulmane et qui lui a donné un coup de tête, lui occasionnant un saignement du nez et un traumatisme crânien. Quelques jours avant un autre enfant musulman lui avait asséné « sale pute de juif » et un autre « dans le Coran il est écrit, qu’il faut tuer les Juifs. Et quelques mois plus tôt encore un autre enfant musulman l’avait frappé, puis menacé : « la prochaine fois c’est le couteau ». Tous les sondages démontrent qu'il existe une radicalisation importante des jeunes musulmans par rapport à leurs parents. Pourtant, rien n'est fait par les autorités publiques pour lutter contre cet antisémitisme d'origine musulmane, alors que désormais près d'un enfant sur cinq naissant en France porte un prénom musulman.

Toutes les conditions sont réunies pour qu'un ou des drames se produisent, d'autant plus que des États pourraient en tirer profit, à l'instar des massacres du Hamas. Comme je l'écrivais il y a un mois (LINK), ces événements ont permis de détourner l'attention de l'Occident de l'Ukraine. Demain, si des terroristes français au nom de l'Islam égorgeaient et brûlaient leurs compatriotes juifs juste avant des élections, à qui cela profiterait? Essentiellement aux partis français pro-russes. La Russie soviétique avait déjà utilisé ainsi les terroristes de la Bande à Baader pour instaurer un climat de peur en Europe, tout comme en ce début de novembre lorsque tous les médias se sont émus d'étoiles de David taguées sur le mur d'un immeuble. Après enquête, on a découvert que ces tags avaient été commandités par un homme d'affaires moldave pro-russe.

Tout cela serait "curable" s'il n'y avait l'aveuglement de nos élites. Pour elles, il est quasiment inconcevable, voire inavouable, que l'Islam ne soit pas une religion de paix et d'amour, et que les musulmans ne soient pas exclusivement des victimes du racisme, mais puissent aussi être ses bourreaux. Dans les médias mainstream, très peu osent faire le lien entre l'Islam et l'antisémitisme. Certains, tels que le président de la République, dans une inversion accusatoire ou une confusion mentale, vont même jusqu'à affirmer que la lutte contre l'antisémitisme peut "clouer au pilori les Français musulmans". En France, au niveau médiatique et institutionnel, rien n'est fait, absolument rien, pour combattre l'antisémitisme d'origine musulmane. Pire, les gouvernants français l'alimentent. D'abord, en laissant entrer des centaines de milliers de personnes chaque année qui ont été soumises, de l'école en passant par la mosquée et l'université, jusqu'à la télévision, à une propagande antisémite structurelle. Ensuite, en faisant accueillir ces migrants à leur arrivée en France par des ONG subventionnées par l'État, pour la plupart issues de la gauche radicale antisioniste, qui confirment leur représentation du monde. Hélas, il est bien peu probable que les élites françaises se reprennent. Pour toutes ces raisons, il me paraît difficile d'être optimiste et de ne pas craindre le pire.

 

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